Interview
Yauheni Hutarovich : « Je peux battre les gros sprinteurs »
posté par Alexandre Mignot le 10/02/2012 à 19h30

Après un Tour Down Under convaincant où il n'est vraiment pas passé loin de la victoire, Yauheni Hutarovich est revenu en Europe, le couteau entre les dents, persuadé qu'il n'a rien à envier à Mark Cavendish, André Greipel et autres « gros » sprinteurs. Le Biélorusse de la FDJ-BigMat, actuellement en lice et leader du Tour Med, explique à Cyclism'Actu, que physiquement il est capable d'aller au moins aussi vite. Reste que son seul problème réside, aujourd'hui, dans le placement à l'abord du sprint massif. Aux côtés des deux grands espoirs du sprint français, Nacer Bouhanni et Arnaud Démare, qui ont déjà levé les bras cette saison, le coureur de l'Est sait que cette année, la formation du trèfle, peut faire tomber les cadors de la discpline. Face à une concurrence, qu'il juge donc à sa portée, Hutarovich espère concrétiser davantage et obtenir des succès qui marquent comme sur Paris-Nice, Kuurne-Bruxelles-Kuurne ou le Tour de France. Entretien.
Yauheni, commençons par le Tour Down Under. Êtes-vous satisfait de ce que vous avez réalisé en Australie ?
A vrai dire, oui et non. Non car pour un sprinteur, ce qui importe le plus, c'est la victoire. La place de deux, c'est la place du premier perdant donc de ce point de vue, ce n'est pas super. Après, savoir qu'avec un beau plateau, et quelques uns des meilleurs sprinteurs du peloton, j'ai réussi à faire 2e, 3e et 4e, ce n'est pas non plus ridicule. On peut dire que je suis satisfait de mon Tour Down Under à 80-85%.
Vous sentiez-vous capable d'en gagner une ?
Oui, je me sentais vraiment capable de gagner ! L'étape où j'ai peut-être le plus de regrets, c'est bien sûr celle où je fais deux, car ça ne se joue pas à grand chose. Je n'étais pas loin de la gagne, il m'a seulement manqué 20 centimètres, maximum. Je sentais durant l'épreuve que les jambes étaient bien là. J'ai pris quelques places "d'honneur" au début du Tour Down Under, et sur la fin, j'étais très motivé pour la dernière étape. Malheureusement, je me suis fait enfermer dans le final, et ça a été un peu compliqué. On s'est perdu dans les derniers hectomètres avec William Bonnet, donc j'ai été contraint de me débrouiller tout seul. J'étais un peu mal placé, un peu gêné, donc je n'ai pu faire que quatrième, malheureusement.
Mais face à une belle concurrence, ce n'est déjà pas si mal...
Oui, c'est clair. Ce n'est pas mal du tout. Maintenant, moi ce que je veux, c'est gagner. J'échangerais volontiers mes places de 2e, 3e et 4e contre une victoire. C'est ce que l'on retient et c'est pour cela que je ne suis pas complètement satisfait.
« L'idéal, c'est bien évidemment de prendre la roue de Cavendish »
Vous avez donc déjà pu vous frotter à Greipel. Cavendish est de retour, tout comme d'autres sprinteurs. Vous sentez-vous capable de rivaliser avec eux régulièrement ?
Oui, mais en fait, le problème reste le même. C'est toujours une question de placement. De mon côté, je suis obligé de frotter un peu tout seul, même si avec certains de mes coéquipiers comme William Bonnet, on essaye de travailler ensemble, mais c'est un peu compliqué tout de même. A la FDJ-BigMat, nous n'avons pas les coureurs qui peuvent nous faire, à nous sprinteurs de l'équipe, les trois derniers kilomètres vraiment à bloc, afin de mettre le peloton en file indienne. Pour nous, c'est plutôt difficile donc. Il faut toujours que l'on cherche sa place, et qu'on se "batte" pour l’avoir. Je pense que ce souci de placement est donc mon principal obstacle. Après, au niveau de la force pure, du sprint pur, je pense que j'ai toutes les capacités pour battre les gros sprinteurs. Je sais que je peux le faire !
Du coup, quelle pourrait être votre stratégie pour les battre ?
Ça, il faudra voir en course. Cela dépendra du nombre d'équipiers qu'ont chacun des sprinteurs, mais on ne peut pas tout calculer à l'avance. L'idéal, c'est bien évidemment de prendre, par exemple, la roue de Cavendish avant le sprint. C'est clair que c'est la meilleure solution, mais on verra. Tout dépend des circonstances de course, et c'est encore plus vrai pour le sprint.
Que connaissez-vous de votre programme jusque là ?
Je suis donc actuellement sur le Tour Med. Ensuite, on va avoir un petit stage avec l'équipe du côté de Draguignan, suite à quoi je m'alignerai sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le Grand Prix Samyn ainsi que Paris-Nice. Normalement, il n'est pas prévu que je participe au Tour du Haut-Var, mais en revanche, il devrait y avoir le Tour de Catalogne à mon programme.
« J'aimerais répondre présent sur le Tour de France »
Et quels sont vos objectifs pour ce début d'année ?
Je n'ai jamais fait le Paris-Nice. J'ai un peu hâte de découvrir cette course. J'ai également vu qu'il y avait éventuellement deux étapes qui pouvaient arriver au sprint, voire trois. Tout du moins, c'est ce que le tracé semble indiquer. J'aurai pour objectif de gagner au moins une étape, ce qui serait déjà très bien.
Kuurne-Bruxelles-Kuurne pourrait aussi arriver au sprint. Cela peut-il être un objectif ?
Ça peut en être un, en effet. Mais vous savez, sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne, ce n'est pas seulement le parcours qui décide de la course. Il y a également les conditions météorologiques. Par exemple, il y a deux ans, on avait eu un temps terrible, et seulement une poignée de coureurs avaient terminé la course. C'est plus cela qui me préoccupe en réalité, car Kuurne-Bruxelles-Kuurne, à la base, c'est une épreuve que j'apprécie. Je me sens toujours plutôt bien à cette période-ci de l'année, alors oui, ça peut aussi être un objectif, mais on verra le moment venu.
Quels sont vos objectifs principaux de la saison ?
Il y a bien évidemment un objectif très important tant pour moi que pour l'équipe, c'est le Tour de France. Après, il y a d'autres courses qui me tiennent à cœur, à l'équipe aussi d'ailleurs. Quelques unes en période estivale me conviennent plutôt bien, car bon nombre d'étapes devraient arriver au sprint. J'aimerais donc répondre présent à ce moment là.
Qu'en est-il des Jeux Olympiques ?
Nous (la Biélorussie) avons le droit à trois représentants pour les Jeux Olympiques, grâce notamment à ma seconde place à l'Europe Tour l'année dernière. Je vais avoir des possibilités à Londres. Même s'il n'y avait pas tous les meilleurs sprinteurs, vu comme je me suis débrouillé au sprint sur le Tour Down Under face à une concurrence très élevée, je pense que je peux avoir de bonnes espérances pour les Jeux Olympiques. Ce que j'ai fait en Australie m'encourage, et je me dis que ça peut me servir d'exemple pour Londres. Je pense que je peux accrocher une médaille, du moins j'espère.
« Je n'arrive pas à conclure assez souvent »
Une victoire sur le Tour, cela vous fait-il également rêver ?
Je pense que ça fait rêver beaucoup de monde. Vous savez, quand j'avais 13 ans et que je ne connaissais pas encore trop le vélo, j'avais dit à mon entraîneur que mon rêve était de gagner une étape sur le Tour de France. C'est donc depuis que je suis gamin que j'en rêve. En Biélorussie, le Tour c'était quelque chose d'extraordinaire pour nous. Alors, pouvoir en claquer une sur la Grande Boucle, ce serait vraiment formidable. Un rêve qui deviendrait réalité...
Nous avons l'impression que vous gagnez en régularité chaque année ...
Oui, c'est vrai. L'an passé, j'ai d'ailleurs fait dix fois deuxième, et je n'ai remporté que quatre courses. Je suis souvent là, de plus en plus régulier, mais je n'arrive pas à conclure assez souvent. J'ai trop de places de deux, mais il faut dire que ce n'est pas simple non plus d'aller chercher la victoire à chaque fois.
Malgré tout, êtes-vous confiant pour les mois à venir !
Oui, absolument ! 2012 pourrait vraiment être une bonne année pour moi. Je me suis entraîné et j'ai travaillé à bloc tout l'hiver pour faire les meilleurs résultats possibles cette année. Il est vrai aussi que je n'ai pas eu trop de chance au niveau santé l'an passé, avec notamment mon opération de l'appendicite et quelques chutes. Cette année, je vais changer un peu ma tactique, et essayer de gagner plus de courses que la saison dernière !
« Avec Nacer et Arnaud, on rigole, on s'amuse, on travaille et on court ensemble »
Avec Nacer Bouhanni et Arnaud Démare, vous êtes 3 sprinteurs dans l'équipe. Comment cela se gère-t-il ?
Il ne faut pas oublier que l'on a aussi William Bonnet, qui sait aller vite au sprint. Matthieu Ladagnous a également une belle pointe de vitesse, comme il l'a prouvé l'an passé. On peut dire qu'on a quand même pas mal de gars qui vont vite au sprint. Après, concernant Nacer et Arnaud, je suis persuadé que tout va bien se passer et qu'on va bien s'organiser entre nous. On fera aussi quelques courses ensemble, et on courra main dans la main. Notre but sera d'être le plus opérationnel possible et on pourra travailler les uns pour les autres sans problème.
Il n'y a donc aucune concurrence entre vous ...
Non, pas du tout ! Je ne sais pas pourquoi on peut nous imaginer en concurrence. Cela peut être le cas dans d'autres équipes, mais en tous les cas, chez nous, ça se passe bien et il n'y a aucune rivalité ou quoi que ce soit. Entre nous, on rigole, on s'amuse, on travaille et on court ensemble, donc tout se passe pour le mieux. Notre but va être de bien travailler ensemble, de gagner ensemble afin surtout, de faire gagner l'équipe.
Que pouvez-vous nous dire de Démare et Bouhanni ?
Je pense que ce sont deux gars qui représentent l'avenir du sprint français. Ils sont tous les deux jeunes, mais vont déjà très vite au sprint. Après, comme tout le monde, ils doivent apprendre comment ça se passe dans l'élite, et en particulier en course. Je pense qu'ils ne vont pas tarder à faire des résultats, d'ailleurs, Nacer a gagné sur l'Etoile de Bessèges devant Marcel Kittel.
En Australie, vous avez récolté quelques points World Tour. C'est quelque chose d'important pour l'équipe cette année ...
Oui, c'est vrai. L'an passé, on est descendu en Continentale Pro et j'admets que l'on a été un peu perturbé par cela au début. On était un peu surpris, on ne comprenait pas ce qu'il s'était passé. Mais on n'a pas baissé la tête. On a gagné notre place en World Tour grâce à nos résultats et non pas en recrutant tel ou tel coureur ayant des points UCI. On veut montrer que si on est là, ce n'est pas pour rien, que l'on mérite notre place en World Tour. Concernant les points que j'ai marqué au Tour Down Under, ça peut nous favoriser par rapport à certaines équipes mais d'autres en ont marqué bien plus. Toutefois, cela nous met en confiance et ça montre aux autres que si on est là, ce n'est pas pour rien !
Propos recueillis par Alexandre MIGNOT (avec Alexandre ROLIN)
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Les commentaires
Avant de battre les gros sprinters, ce serait déjà bien de battre les petits ...
53x11 le 10/02/2012 à 19h36
Une bien belle équipe FDJ, surement ma préféré elle a vraiment de la gueule, et surtout u navenir radieux devant elle vu les jeunes pousses prometteurs :D
Rib' le 10/02/2012 à 19h45
@ Rib'
Entièrement d'accord, un des grands espoirs du sprint avec Démare et un des grands espoirs en montagne avec Pinot, je commence vraiment à devenir fan de la FDJ :-)
chris1612 le 10/02/2012 à 20h19
Si le Demare en met d'autres comme celles d'aujourd'hui il va pas dormir sur ses deux oreilles pendant longtemps le Huta!
@53x11
Plutôt avant de penser battre les gros faudrait penser ramasser les gars qui font le kilo par exemple... mais avant la ligne
huta-chavanel-boucher le 10/02/2012 à 20h23
Chris1612,
Jveux pas me vanter mais j'en ai déja commenter 2 jours plus tot ! :P
Sinon, go Yauheni pour une belle saison !
vivetitouland le 10/02/2012 à 20h28
Un coureur tres sympa qui avait eu la gentillesse de me dédisacer une photo tout en souriant et en étant sympa, j'adore!
Sion c'est bien il est ambitieux a l'instar de toute cette équipe FDJ , il a déja battu les gros donc il peut rehitérer la chose... Go Huta Go !
Vansevenant le 10/02/2012 à 21h30
@53x11, il a quand même gagné une étape de la vuelta en battant cavendish à la régulière. Mémoire courte!!!
noé le 10/02/2012 à 21h45
et attendez de voir kenny Elissonde un grimpeur/puncheur qui a terminé 13ème du tour de burgos 2011 en tant que néo-pro !
thib le 10/02/2012 à 22h17
Une belle victoire il y a 2 ans, pratiquement que des places d'honneur depuis ... Super !
Il se plaint de son train mais Démare s'en est contenté hier pour battre cavendish et compagnie...
Attention, j'ai rien contre lui, il a l'air sympa, mais avant de parler des "gros", qu'il en claque au moins une devant les "petits" du tour méd, ça fera plus sérieux.
53x11 le 10/02/2012 à 23h02
Belle interview, et j'espère qu'il va rester encore de longues années à la fdj. Il ne se plaint pas de son train, il dit juste qu'il est pas forcément mis dans les memes conditions qu'un cavendish par exemple, ce qui est tout à fait la réalité
athletic le 11/02/2012 à 00h35
On sent la rage de vaincre dans son discours,il va y arriver surtout dans cette équipe ou comme il le dit "on rigole ensemble"ALLEZ FDJ-BIGMAT!!!
pouet-pouet le 11/02/2012 à 07h02
Je pense au contraire que la FDJ-Big Mat a les moyens de mettre en marche l'un des meilleurs trains du peloton. Le problème, c'est de choisir les deux derniers relayeurs entre Yauheni Hutarovich, Nacer Bouhanni et Arnaud Démare. Il n'y a qu'une seule place dans le fauteuil.
Zolex le 11/02/2012 à 09h35
Il devrait battre les bons sprinters plutôt que les gros.
"Je n'arrive pas à conclure assez souvent" : sa vie personnelle ne nous regarde pas.
Pardon ...
fab59 le 11/02/2012 à 10h07
C'est vrai qu'il n'a pas un gros train comme Cavendish! Mais regarder hier, Le Cav' à completement paniqué qd il a vu Demare sortir aux 200m et du coup il essaye de sortir dans un trou de souris. Donc réussir à faire des places comme Huta sans train c'est signe d'un grand talent! Et pour revenir à la FDJ: surement l'équipe française la mieux fourni en jeune talents, ensuite europcar, cofidis et Ag2R. Mais ce n'est que mon avis.
FloVSM. le 11/02/2012 à 10h42
@ thib en tant que stagiaire meme 
tom hagen le 11/02/2012 à 12h41
@ FloVSM t'as oublié la Saur avant cofidis, ils ont un très bon vivier de jeunes
ptit vélo le 11/02/2012 à 15h15
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sebastien chavanel le 11/02/2012 à 18h53
une équipe avec un potentiel énorme Elissonde, demarre, pinot, bouhanni, soupe, vichot... Maintenant je ne suis pas d'accord avec Huta l'année dernière l'équipe manquait de coureurs pour emmener. Mais avec Rasch, boucher, bonnet, rollin et roux qui ira de mieux en mieux il y de quoi faire un train blanc.
Maintenant il ne faudra pas courir plusieurs lièvres à la fois on ne peut pas sur les grandes courses faire rouler pour les sprints, proteger les grimpeurs et aller dans les échappés. Il y a des choix difficile à faire et c'est surement le plus gros problème de la fdj-bigmat pour 2012. Faire des choix !
Mais c'est quand même mieux d'avoir trop de choix que pas du tout !Bonne saison aux blanc et bleu que je suis depuis le début.
fredovelo le 12/02/2012 à 09h13
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Commenté à 19h15 pour un article posté à 19h30, c'est bon ça
(merci facebook)
Go Yauheni et Arnaud
chris1612 le 10/02/2012 à 19h16