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La piste appartient aussi à la légende du cyclisme


posté par Michel Escatafal le 23/03/2011 à 20h25




Les championnats du monde de l’an passé avaient pleinement confirmé que la France est un pays qui a une grande tradition dans le cyclisme sur piste en général (troisième au classement des médailles par nation avec sept médailles dont deux en or), et dans l’épreuve de vitesse en particulier. En effet, depuis les débuts de l’ère open, la France est largement en tête au classement des médailles avec 113 médailles dont 54 en or, loin devant la Grande-Bretagne et l’Australie, nations traditionnellement fortes sur la piste (Harris, Patterson, Nicholson etc.). En outre, on ne compte plus les titres remportés dans la discipline reine, la vitesse, par les coureurs français, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels jusqu’en 1991 ou depuis le début de l’ère open en 1993. Depuis cette date, les Français ont remporté huit médailles d’or, avec tout d’abord les trois de Florian Rousseau en 1996,1997 et 1998, puis les deux de Laurent Gané en 1999 et 2003, celle d’Arnaud Tournant en 2001 et enfin celles de Baugé en 2009 et 2010, année où il a dominé le triple champion olympique 2008, le Britannique Chris Hoy. De quoi réjouir notre entraîneur national qui n’est autre que le grand Florian Rousseau lui-même.

La tradition française en vitesse

En outre pour bien montrer que la filière française de vitesse fonctionne parfaitement, l’Equipe de France de vitesse par équipe a remporté dix médailles d’or et trois d’argent en seize éditions des championnats du monde, plus une médaille de chaque métal en trois éditions des Jeux Olympiques depuis 2000, ce qui est tout simplement exceptionnel. Mais puisque nous sommes dans l’histoire, il faut aussi ajouter que Daniel Morelon a été le sprinter le plus titré (derrière le Japonais Nakano qui remporta dix titres consécutifs chez les professionnels entre 1977 et 1986), avec sept titres dans les années 60 et 70, plus deux titres olympiques en vitesse, tous acquis chez les amateurs qui, à l’époque, étaient meilleurs que les professionnels. D’autre part, avec Lucien Michard, deux fois titré chez les amateurs en 1923 et 1924 et quatre fois chez les professionnels entre 1927 et 1930, plus Michel Rousseau qui fut champion olympique de vitesse en 1956, puis deux fois champion du monde amateur en 1956 et 1957, mais aussi champion du monde professionnel en 1958, la France a compté dans ses rangs quelques uns des plus beaux modèles de la discipline.

Deux anecdotes qui ont marqué l’histoire des championnats du monde

A propos de Michard, il aurait dû être champion du monde une fois de plus, car il fut privé du titre en 1931…en raison d’une erreur de jugement qui profita à son concurrent danois qui s’appelait Falk-Hansen. Cette année-là les championnats du monde sur piste étaient organisés à Copenhague, ce que les mauvaises langues n’ont pas manqué de noter, parce que toutes les photos de l’arrivée indiquaient que Michard avait gagné d’une roue. Problème, le juge, au nom bien français d’Alban Collignon, ne vit pas que Michard avait remporté la manche lui donnant le titre…parce qu’il se situait du côté du coureur extérieur, ce qui lui donna l’illusion que Falk-Hansen avait dominé Michard qui se trouvait à l’intérieur. Bien entendu il y eut réclamation de la part des Français, la presse parla de cela pendant des semaines, mais rien n’y fit et la décision du juge fut sans appel.

Parlons maintenant de Michel Rousseau, un des plus doués parmi les « aristocrates de la piste » comme on surnomme les sprinters. C’était un coureur que tout le monde trouvait sympathique, peut-être en raison de son côté « titi parisien ». Ses mensurations étaient impressionnantes pour l’époque, puisqu’il mesurait 1.73m et pesait un peu plus de 80 kg, ce qui lui donnait une impression de puissance à nul autre pareil, et lui valut d’être surnommé « le costaud de Vaugirard ». Il avait tout d’un très grand sprinter, mais il ne fit pas la carrière qu’on aurait pu attendre de lui, laissant après 1958 la vedette à l’Italien Antonio Maspes, sept fois champion du monde professionnel entre 1955 et 1964. Et pourtant, en 1958, pour sa première année chez les professionnels, Michel Rousseau jongla littéralement avec lui en demi-finale des championnats du monde, le battant sèchement en deux manches, avant de s’imposer tout aussi facilement en finale face à un autre Italien, Sacchi.

Cela dit l’histoire retiendra aussi de Rousseau et Maspes, un surplace historique en 1961, pour l’attribution du titre mondial à Zurich. En effet Rousseau, qui avait été battu par Maspes en finale du tournoi mondial de 1959, se mit dans l’idée d’imposer une séance de surplace à son adversaire, pour l’obliger à mener. Le surplace à l’époque n’était pas rare, contrairement à aujourd’hui, les sprinters préférant être derrière l’adversaire pour éviter d’être surpris au moment du lancement du sprint. Dans le cas où il y a surplace, c’est généralement celui qui a les nerfs les plus solides qui réussit à obliger son adversaire à passer en tête, et qui gagne le plus souvent. Michel Rousseau céda le premier (au bout de 45 minutes) et il fut battu, ce qui permit à Maspes de conserver son titre.

Ce fut le chant du cygne de Michel Rousseau, car jamais plus il ne fréquentera les podiums mondiaux, au grand regret de ses nombreux admirateurs. Et pourtant son extraordinaire puissance, sa vélocité naturelle, plus les leçons techniques de son mentor Louis Gérardin, ancien champion du monde de vitesse amateur en 1930, qui découvrit Pierre Trentin (champion du monde de vitesse en 1964) et Morelon, auraient dû lui valoir bien d’autres satisfactions dans les années 60. Espérons que Grégory Baugé, très doué et très puissant lui aussi, fasse une carrière à la Michard et ne se contente pas, comme Michel Rousseau, de passer comme un météore parmi les étoiles de la piste. La remarque vaut aussi pour Kévin Sireau, recordman du monde du 200m, qui sera le favori du tournoi de vitesse cette année aux championnats du monde, après avoir remporté la Coupe du monde. Cela dit, ces jeunes gens ont un exemple tout trouvé avec l’entraîneur de l’équipe de France, Florian Rousseau, qui remporta dix titres mondiaux et trois titres olympiques, sur le kilomètre, en vitesse individuelle, par équipe, et au keirin, entre 1993 et 2001.

La poursuite et le demi-fond assuraient aussi le spectacle à la belle époque de la piste

Néanmoins, par le passé, à la belle époque de la piste, dans les années 50 et 60, il y avait d’autres épreuves pour assurer le spectacle, notamment la poursuite (à partir de 1946) disputée sur une distance de cinq kilomètres, et le demi-fond couru jusqu’en 1971 sur la distance de 100 km derrière grosses motos. Chacune de ces épreuves a eu ses champions mythiques. En ce qui concerne la poursuite, quelques noms connus ou quasiment oubliés de nos jours ont marqué la discipline. Parmi ceux-ci, il faut citer le redoutable Néerlandais Schulte (vainqueur en 1948), l’Italien Messina, triple champion du monde entre 1954 et 1956, année où il battit en finale un certain Jacques Anquetil après avoir battu Hugo Koblet en 1954, mais aussi Rudi Altig qui revêtit le maillot arc-en-ciel en 1960 et 1961, avant de conquérir celui de la route en 1966, exploit que réalisa aussi Francesco Moser ( champion du monde de poursuite en 1976 et sur route en 1977), ou encore notre Français Alain Bondue, qui s’octroya le titre mondial en 1981 et 1982, comme plus tard Francis Moreau (1991) et Philippe Ermenault (1997 et 1998). Mais les deux plus brillants furent incontestablement le campionissimo Fausto Coppi, champion du monde en 1947 et 1949, vainqueur de quatre-vingt quatre poursuites individuelles sur les quatre-vingt quinze qu’il disputa dans sa carrière, dont vingt et une victoires consécutives au cours de l’hiver 1947 et 1948, et plus encore peut-être Roger Rivière, sans doute le plus doué de tous, invaincu dans la discipline avec trois titres mondiaux dans sa courte carrière entre 1957 et 1959, considéré par beaucoup comme le meilleur rouleur de tous les temps sur des distances allant jusqu’à 70 kilomètres.

Enfin en demi-fond, comment ne pas parler d’un Espagnol, Guillermo Timoner, qui fut un grand spécialiste des courses à l’américaine avant de devenir le roi des stayers, comme on appelait les coureurs de demi-fond. Timoner allait succéder à un autre crack de la discipline, le Belge Adolphe Verschueren, excellent routier chez les amateurs, qui remporta le titre mondial en 1952, 1953 et 1954. Timoner était ce que l’on appelle l’archétype du stayer, à la fois souple et nerveux, sachant admirablement se servir de l’abri de la moto, ce qui n’était pas sans danger en raison de la vitesse très élevée qui pouvait être atteinte (jusqu’à 100km/h). Il l’emporta à six reprises au championnat du monde entre 1955 et 1965, ce qui constitue un record, qu’il aurait pu améliorer sans une grave chute qui faillit lui coûter la vie lors des Six-Jours de Madrid en 1960, et qui l’empêcha de défendre son titre en 1961. En revanche, si sa gloire fut grande à cette époque, il se déconsidéra complètement quand il effectua son retour à la compétition en 1984, à l’occasion des championnats du monde de Barcelone, pour représenter l’Espagne dans les épreuves de demi-fond…alors qu’il était âgé de 56 ans. Cette folie lui fut d’autant plus reprochée, ainsi qu’à sa fédération, qu’il ne fit que de la figuration dans une épreuve qui avait pourtant perdu tout son prestige depuis longtemps, au point qu’elle disparut des championnats du monde en 1995.

Des épreuves disparaissent, et d’autres apparaissent, notamment les compétitions féminines

Ce ne fut pas la seule, au demeurant, à disparaître, puisque le même sort fut réservé au tandem, épreuve olympique depuis 1908, et aux championnats du monde à partir de 1966 (victoires des Français Trentin et Morelon) jusqu’en 1994 (victoire française avec Colas et Magné). En revanche d’autres épreuves apparurent comme le kilomètre à partir de 1966, où plusieurs Français s’illustrèrent en remportant le titre mondial, Pierre Trentin en 1966, puis Florian Rousseau en 1993 et 1994, sans oublier Arnaud Tournant, le recordman du monde, qui s’imposa quatre fois consécutivement entre 1998 et 2001. La poursuite olympique (4 km) fit son apparition en 1962, puis plus tard le keirin en provenance du Japon à partir de 1980, avec des victoires de Magné en 1995, 1997 et 2000, année ou Florian Rousseau fut champion olympique de la discipline, et Laurent Gané en 2003. On n’omettra pas de citer également dans ce panorama des courses inscrites au championnat du monde, des épreuves moins prestigieuses comme la course aux points, le scratch, l’omnium ou l’américaine, cette dernière épreuve n’ayant plus rien à voir avec son ancêtre le Critérium de l’Europe à l’américaine, qui réunissait quelques uns des meilleurs pistards entre 1949 et 1990 devant des foules considérables, avec comme figures de proue Schulte, Hugo Koblet, Terruzzi, Van Steenbergen, Post, Altig, Sercu et Eddy Merckx. 

Enfin, pour être complet, notons que les épreuves féminines firent leur apparition en 1958 (vitesse et poursuite). La France remporta six victoires en vitesse avec Nicoloso en 1985 et Félicia Ballanger entre 1995 et 1999, cette dernière réalisant le doublé sur le 500 mètres pour les cinq premières éditions de cette nouvelle épreuve. Notre pays gagna aussi six titres en poursuite grâce à Jeannie Longo et Marion Clignet (trois chacune), lesquelles remportèrent aussi le titre dans la course aux points apparue en 1988. Enfin le Keirin fut inscrit au programme à partir de 2002 (deux victoires françaises avec Clara Sanchez en 2004 et 2005), tout comme la vitesse par équipes en 2007, la poursuite par équipe depuis 2008, sans oublier le scratch en 2002 et l’omnium en 2009.


Photo : Flickr



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Les commentaires

Excellent résumé des championnats sur piste qui avaient lieu avant au mois d'aout. Les routiers pouvaient aussi faire la piste surtout la poursuite que l'UCI a enlevé des J. olympiques, je ne sais pas pourquoi.

l'agenais le 23/03/2011 à 21h33

La onsième médaille d'or en vitesse par équipes.

l'agenais le 23/03/2011 à 21h41

Très très bon papier Michel Escatafal, ton patronyme sonne bien espagnol!... En effet, c'est la onzième médaille d'or (avec un Z l'agenais) de vitesse par équipes!... Ce n'est que le début et j'espère que la cueillette va continuer!!!

KAS le 23/03/2011 à 22h35


Avec beaucoup de nostalgie, on peut regretter l'absence de grands coureurs comme Coppi, Koblet ou Anquetil autrefois, aux championnats du monde de poursuite.Cancellara pourrait sans doute gagner. Si les vedettes ne viennent pas, c'est sans doute qu'il n'y a pas assez d'argent à gagner.
Mais ainsi, on parle beaucoup mois de dopage. Un dopage qui existe sans doute, ni plus ni moins que dans d'autres sports.
En dehors de la poursuite, les autres pistars sont peu connus. On ne peut pas bien connaitre des sportifs dont on parle très peu.

cyclims 84 le 24/03/2011 à 07h24

Très bel article bien documenté et "fouillé". Bravo pour vos efforts d'investigation. Du travail de "pro"! et ...un Grand Merci à l'équipe de journalistes. On sent les passionnés et cela fait plaisir à ...voir(ou plutôt) à lire!

Merlin l'enchanteur le 24/03/2011 à 07h59

@ Cyclims 84
Je ne pense pas que Cancellera pourrait faire son jeu sur piste...
Pourquoi ? Parce que la piste est devenu vraiment à part. Les gars qui font de la piste ne font que ça, et une fois passé sur la route, il est difficile à y revenir, car cela ne se court plus de la même manière.

Greg le 24/03/2011 à 09h51


Je parlais de course poursuite, pas de vitesse ni de six-jours.
Wiggins n'aurait sans doute pas de mal à refaire de la poursuite, même chose pour Phinney.
En revanche Virenque s'était montré bien courageux en participant une année aux 6 Jours de Grenoble. Il a préféré ne pas insister.

cyclims 84 le 24/03/2011 à 13h58

Bravo Michel, je sais que tu as toujours aimé la piste, comme je sais que tu soutiens à fond Contador. Tu as raison.

Agathois le 25/03/2011 à 13h43


Kneisky, 3e au scratch, 3e à la course aux points, en voila un qui prouve qu'on peut encore être un routier-pistard.

cyclims 84 le 27/03/2011 à 09h34

Kneisky se classe aussi 4e à l'américaine.
Et maintenant, il va refaire de la route, avec Guimard comme directeur sportif.

cyclims 84 le 29/03/2011 à 09h09

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Commentaires

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