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Paris-Nice 1971 : Le duel Merckx/Ocana
posté par Michel Escatafal le 02/03/2011 à 20h34

Même si la saison cycliste commence beaucoup plus tôt qu’autrefois, même si nombre de coureurs ont des objectifs plus lointains que la « Course au soleil » avec en point de mire le Tour de France, Paris-Nice reste le premier grand rendez-vous de l’année. Une épreuve que nombre de coureurs ne veulent pas manquer, ne serait-ce qu’en raison de sa proximité avec Milan-San Remo, les coureurs estimant que des épreuves telles que Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico sont un passage obligé pour briguer la victoire dans la « Primavera ». Toutefois Tirreno-Adriatico n’a pas encore le prestige de Paris-Nice, ne serait-ce qu’en raison de sa jeunesse puisque « la course des deux mers » (Tyrrhénienne et Adriatique) a connu sa première édition en 1966 (victoire de Zandegu), alors que Paris-Nice fut créée en 1933 (victoire de Schepers).
Une participation digne du tour de France
Parmi les éditions les plus marquantes de Paris-Nice, celle de 1971 figure en bonne place, parce qu’elle préfigurait le duel qui se précisait entre le grand Eddy Merckx, alors au sommet de son art, qui avait remporté les deux éditions antérieures, et un jeune Espagnol (25 ans) habitant Mont-de-Marsan, Luis Ocana, vainqueur l’année précédente de la Vuelta et du circuit des Six Provinces (dénomination à l’époque de l’actuel Dauphiné). En outre ce duel annoncé était d’autant plus intéressant qu’il allait être arbitré par des coureurs comme Raymond Poulidor, le Belge Ferdinand Bracke (recordman de l’heure en 1967) qui allait remporter peu après le Tour d’Espagne, et le Suédois Gosta Petterson qui de son côté allait enlever le Giro, sans oublier le plus français des Néerlandais, Zoetemelk, l’Italien Bitossi, ou encore Jan Janssen le vainqueur du Tour 1968. Bref, que du beau monde au départ de l’épreuve !
Dès le prologue qui comprenait une longue côte de 1700 m, Merckx s’imposait avec deux secondes d’avance sur Poulidor, toujours vaillant à 35 ans, et quatre secondes sur Ocana, lequel précédait Bitossi, Zoetemelk, Mortensen le rouleur danois, Grosskost, et Gosta Petterson. « Le Cannibale » avait frappé d’entrée, et pour bien montrer qui était le plus fort, il décida d’écrémer le peloton le lendemain dès la première étape, entre Dourdan et Troyes. Il y parvint tellement bien qu’à l’arrivée, à peine une douzaine de coureurs se disputèrent la victoire, qui revint au rapide Belge Eric Leman, vainqueur du Tour des Flandres l’année précédente, suivi de Merckx et Ocana, qui précédaient Godefroot et Janssen. Le résultat de cette étape souligne l’intensité de la bagarre dans cette étape, avec de bons sprinters comme Janssen ou Godefroot battus par Ocana.
Eric Leman et le drame Monséré
Le lendemain, à Autun, Leman remporta la demi-étape du matin et s’empara du maillot de leader, maillot qu’il rendit à Merckx l’après-midi à la faveur d’un contre-la-montre qui permit aussi à Ocana de se positionner juste derrière le crack belge. Un Ocana qui allait mener la vie dure au leader lors de l’étape suivante sur la route de Bollène, attaquant à plusieurs reprises avec l’aide de Mortensen, sans que toutefois Merckx ait montré le moindre signe de défaillance. Léman en profita pour remporter sa troisième victoire d’étape. Ce même Eric Leman ne finira pas l’épreuve, son équipe, Flandria, décidant de se retirer suite à la mort accidentelle (lors d’un critérium à Retie) d’un des plus grands espoirs de l’époque (23 ans), le champion du monde Jean-Pierre Monséré. Ce jeune coureur aurait à coup sûr été un rival très dangereux pour Merckx dans les années à venir, car il avait aussi à son palmarès le Tour de Lombardie (1969).
Le chat noir d’Ocana
Dans l’étape qui menait à Draguignan, Ocana et Merck allaient connaître des fortunes diverses. Fidèle à son habitude, Merckx décida d’attaquer à cinq kilomètres de l’arrivée, afin d’essayer de s’offrir une avance supplémentaire sur ses poursuivants. Il fut immédiatement suivi par Gosta Petterson, mais pas par Ocana, lequel fut victime d’un chat noir qui traversa la route, au moment où lui et son coéquipier, Jan Janssen, commençaient à organiser la chasse derrière les deux fuyards. Les deux hommes se retrouvèrent à terre, tout comme un autre équipier Désiré Letort. Même si la chute fut sans gravité, Ocana perdit toute chance de remporter ce Paris-Nice puisqu’il termina l’étape loin des échappés, ceux-ci se retrouvant aux deux premières places du classement général, avec une avance sur Ocana de trente-trois secondes pour Merckx, et huit pour Gosta Petterson. Un chat noir, à tous les sens du terme, pour l’Espagnol de Mont-de-Marsan, qui préfigurait celui de sa chute dans la descente du col de Mente au mois de juillet suivant, alors qu’il caracolait en tête du Tour de France avec plus de sept minutes d’avance sur Merckx.
Merckx, le gagneur impénitent
Le dernier jour de ce Paris-Nice, les coureurs allaient devoir affronter deux demi-étapes, l’une le matin amenant les coureurs de Draguignan à Nice, et l’autre l’après-midi pour un contre-la-montre final sur les pentes de la Turbie, bien connue des cyclos de toutes catégories. Celle du matin faillit provoquer un cataclysme au sein du peloton, car trois Français, Raymond Riotte, Michel Périn et Georges Chappe s’échappaient en compagnie d’un équipier de Merckx, le Belge Mintjens. Bien que celui-ci ait respecté les consignes d’équipe, l’avance des hommes de tête prit une telle ampleur que Mintjens se retrouva virtuel leader de la course. Hélas pour ce dernier, équipier en tête ou pas, Merckx voulait s’adjuger la victoire dans ce Paris-Nice. Et ce fut lui en personne qui mena la chasse au point que les quatre fugitifs, emmenés par Riotte, terminèrent avec à peine quelques secondes d’avance sur le peloton Merckx.
Restait l’après-midi à courir l’étape contre-la-montre, avec comme inconnue l’état de fraîcheur du leader, lequel avait dû fortement s’employer pour préserver son maillot blanc de leader. La réponse vint très vite, puisque Merckx l’emporta avec une avance de huit secondes sur Poulidor, pourtant excellent dans l’exercice du contre-la-montre en côte, alors qu’Ocana ne termina que sixième de cette étape. Le Montois était encore à court de préparation, ce que son envie de bien faire ne pouvait masquer, et en plus il avait commis une erreur dans l’appréciation des braquets qu’il devait utiliser. C’en était trop pour qu’il pût inquiéter un Merckx déjà très fringant, qui allait remporter quelques jours plus tard le quatrième de ses sept Milan-San Remo. Cela étant Ocana disposait de trois mois pour fignoler sa forme avant le Tour de France, au cours duquel il allait reléguer Eddy Merckx à presque neuf minutes dans la montée vers Orcières-Merlette. On connaît la suite...
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Les commentaires
excellent article
merci!
cg le 02/03/2011 à 21h06
Pas mal du tout cet article !
Maxence28 le 02/03/2011 à 21h11
Merci Marzi ;)
Alexandre Rolin le 02/03/2011 à 21h18
On parle beaucoup de dopage en ce moment mais en regardant le palmarès de Désiré Letort ( surnommé Plancoët
parce qu'il est né à côté de cette commune qui a donné son nom à une eau minérale ) on voit qu'il a été déchu de son titre de Champion de France en 1967 pour contrôle positif et en 1968, il termine 2° des Nations derrière Gimondi avant d'être déclassé pour dopage.
Je crois avoir lu, sous la plume du Dr J.P. De Mondenart ( grand spécialiste du dopage ) qu'il était aussi surnommé " Vidal ", du nom du célèbre dico médical ; On est loin de l'eau minérale !
Comme quoi, l'histoire est un éternel recommencement.
marzi le 02/03/2011 à 22h25
Excellent article en effet qui nous rappelle quelques champions oubliés comme ce Gosta Petterson qui avec ses trois frères dominaient les c-l-m par équipes, notamment dans les Championnats du Monde amateur, mais qui passa professionnel tardivement, ce qui ne l'empêcha pas de gagner le Giro 71 (en l'absence du cannibale) et de finir 3ème du Tour 70; le faible écart dans le c-l-m de cette année-là entre Merckx et Poulidor annonçait peut-être le coup de tonnerre de l'année suivante lorsque Poupou le domina pour une poignée de secondes sur les pentes de la Turbie. Enfin, en ce qui concerne Letort, il est étonnant qu'il n'ait pas été déjà contrôlé positif sur le Tour qu'il avait fini 4ème. A l'époque le Championnat de France avait lieu fin juillet ou début août juste après le Tour. Mais je me demande s'il n'avait pas eu lieu en Bretagne. Letort avait peut-être pris tous les risques
ladrondeguevara le 02/03/2011 à 22h57
C'est à felletin ( Creuse ) que s'est déroule le championnat de France 1967.
Et J.P. Ollivier rapporte dans son livre " l'histoire du cyclisme breton " qu'une manifestation de soutien à plancoët après son déclassement dépassa en importance ce qu'on pouvait imaginer.
Ah, les supporters !
Marzi le 02/03/2011 à 23h27
Jean-Pierre Monseré. Mort à 22 ans et demi.
Le deuxième plus jeune champion du monde de l'histoire après Karel Kaers. (Lance Pharmstrong est souvent présenté comme le plus jeune de l'histoire mais c'est une erreur, il n'arrive qu'en troisième position).
Monseré avait tout pour devenir un tout, tout grand mais hélas il est mort, fauché par une voirute lors du Grand-Prix de Rétié.
kvmusic le 03/03/2011 à 02h55
c'était un vrai duel avec des attaques tous les jours pas comme Contador-Schleck où ils passent leur temps a se regarder au lieu de rouler
fabien81 le 03/03/2011 à 09h55
Excellent comme d'Hab. Bravo pour cette rubrique légend
l'Agathois le 03/03/2011 à 14h07
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désiré Letort ( avec un t à la fin )
marzi le 02/03/2011 à 20h48